Vertiges & Équilibre

Vertiges et ostéopathie : causes, types et prise en charge

VPPB, vertiges cervicogéniques, sensations de déséquilibre : quand consulter un ostéopathe, quand aller aux urgences, et quels exercices pratiquer à domicile. Protocole fondé sur les données probantes 2025-2026.

Rédigé par Thomas Porebski, ostéopathe D.O. | Mis à jour le | Lecture : 14 min
Cabinet Cannes la Bocca Cabinet Fréjus Prise en charge adulte & senior

Réponse directe

Les vertiges peuvent avoir de nombreuses causes. Certaines situations peuvent bénéficier d'une prise en charge ostéopathique, notamment le vertige positionnel paroxystique bénin (VPPB), lorsque le diagnostic est confirmé et qu'une manoeuvre de repositionnement adaptée est réalisée. Certains patients présentant des douleurs cervicales associées à une sensation d'instabilité peuvent également tirer bénéfice d'une prise en charge manuelle après exclusion d'une cause ORL, neurologique ou cardiovasculaire. En revanche, les vertiges accompagnés de troubles neurologiques, d'une perte de connaissance ou d'une apparition brutale nécessitent une évaluation médicale urgente.

Femme souffrant de vertiges en cabinet d'ostéopathie, prise en charge par Thomas Porebski à Cannes et Fréjus

Quand consulter un ostéopathe pour des vertiges ?

Une consultation peut être envisagée si :

  • Les vertiges sont déclenchés par des mouvements de tête ou des changements de position
  • Un diagnostic de VPPB a été évoqué ou confirmé
  • Des douleurs cervicales, une raideur ou des céphalées accompagnent les symptômes
  • Une cause neurologique ou ORL grave a été écartée par un médecin

Consultez un médecin en priorité si :

  • Apparition brutale des vertiges
  • Signes neurologiques associés
  • Perte de connaissance
  • Céphalée inhabituelle ou très intense
  • Symptômes récents ou atypiques sans diagnostic établi

Types de vertiges et diagnostic différentiel

Le vertige est une sensation illusoire de mouvement de soi ou de l'environnement. Il est à distinguer des étourdissements (sensation de tête légère, lipothymie) et de l'instabilité posturale, qui relèvent de mécanismes différents.

Type Caractéristiques Durée Prise en charge
VPPB Rotatoire, déclenché par changement de position, nausées < 60 secondes Manoeuvre d'Epley — ostéopathe ou ORL
Cervicogénique Non rotatoire, lié aux mouvements du cou, cervicalgie associée Minutes à heures Thérapie manuelle après exclusion médicale
Névrite vestibulaire Vertige intense et brutal, sans perte auditive Jours à semaines Médecin — corticoïdes + rééducation
Maladie de Ménière Triade : vertiges + acouphènes + hypoacousie 20 min à 12 h ORL spécialisé
Central (AVC, tumeur) Persistant, signes neurologiques associés Permanent ou récurrent Urgences — ne relève pas de l'ostéopathie
Règle clinique : un vertige périphérique (VPPB, névrite) est souvent intense et rotatoire, mais sans signe neurologique. Un vertige central est souvent moins intense mais persistant, avec diplopie, trouble de la marche ou dysarthrie. En cas de doute, consultation médicale en urgence.

VPPB : mécanisme, diagnostic et traitement

Le VPPB est la cause la plus fréquente de vertiges en consultation ambulatoire, représentant environ 34 % de l'ensemble des syndromes vertigineux. Il touche préférentiellement les personnes de plus de 50 ans et les femmes (ratio 2:1).

Mécanisme physiopathologique

Des cristaux de carbonate de calcium (otolithes), normalement fixés dans la macule utriculaire, se détachent et migrent dans les canaux semi-circulaires — dans 85 à 90 % des cas le canal postérieur. Ces débris créent un flux endolymphatique parasite lors des changements de position de la tête, activant faussement le détecteur de rotation.

Diagnostic : test de Dix-Hallpike

Le patient est amené en décubitus dorsal, tête tournée à 45° du côté testé. L'apparition d'un nystagmus géotropique torsionnel après une latence de 5 à 10 secondes, d'une durée inférieure à 60 secondes et s'épuisant à la répétition, confirme le VPPB du canal postérieur. La sensibilité clinique est de 79 % et la spécificité de 75 % selon la revue Cochrane (Hilton & Pinder, 2014).

Ostéopathe réalisant le test de Dix-Hallpike pour diagnostiquer un VPPB, cabinet à Cannes et Fréjus

Traitement : la manoeuvre d'Epley

Niveau de preuve A — Méta-analyse de RCTs

La manoeuvre de repositionnement canalithique d'Epley est le traitement de référence du VPPB du canal postérieur. Une méta-analyse en réseau publiée en 2025 incluant 20 RCTs et 2 089 patients lui attribue le meilleur rang d'efficacité globale (SUCRA 97,84 %), supérieure aux manoeuvres de Semont (RR = 1,04) et de Brandt-Daroff (RR = 1,35). En pratique : 1 à 2 séances permettent la résolution complète des symptômes dans la majorité des cas.

Taux de récidive

Le VPPB récidive dans 15 à 30 % des cas à 1 an selon la littérature récente (taux moyen de 24 % à 1 an sur 780 patients, Frontiers in Neurology 2026). Les facteurs de risque identifiés incluent l'hypertension, l'hyperglycémie, les antécédents de migraine et un taux bas de vitamine D. Un suivi est recommandé pour les patients à risque élevé.

Vertiges cervicogéniques : ce que dit réellement la littérature

Le concept de vertige cervicogénique demeure débattu dans la littérature scientifique. Il n'existe actuellement aucun test diagnostique de référence permettant de confirmer ce diagnostic avec certitude.

Point clinique important : plusieurs études suggèrent qu'un dysfonctionnement cervical peut contribuer à certaines sensations d'instabilité ou de déséquilibre, notamment après un traumatisme cervical ou en présence de douleurs cervicales persistantes. Néanmoins, une cause ORL, neurologique ou cardiovasculaire doit être écartée par un médecin avant toute prise en charge manuelle.

Mécanisme hypothétique

Les vertiges cervicogéniques seraient liés à une perturbation des afférences proprioceptives issues des muscles et articulations cervicaux, en particulier des muscles sous-occipitaux. Le cerveau recevrait des informations contradictoires entre les signaux vestibulaires, visuels et proprioceptifs cervicaux. Ce mécanisme reste une hypothèse physiologique sans démonstration directe chez l'humain.

Causes associées

  • Traumatisme cervical (whiplash) : lésion des récepteurs proprioceptifs cervicaux
  • Arthrose cervicale : perturbation des signaux articulaires C0-C1-C2
  • Contractures musculaires chroniques : tension des muscles sous-occipitaux
  • Posture prolongée en flexion : travail sur écran, téléphone
  • Stress chronique : hypertonicité musculaire généralisée

Niveau de preuve de la thérapie manuelle

Niveau de preuve B — Revues systématiques, qualité modérée

Une revue systématique de 2025 (Journal of Bodywork and Movement Therapies, 8 études incluses) conclut que la thérapie manuelle pourrait être efficace pour réduire l'intensité des vertiges cervicogéniques et améliorer la mobilité cervicale, avec des résultats positifs dans la quasi-totalité des études incluses. Les auteurs soulignent cependant l'hétérogénéité des méthodes et la nécessité de recherches complémentaires.

Signaux d'alarme : urgences neurologiques

Appelez le 15 ou rendez-vous aux urgences immédiatement si les vertiges s'accompagnent de :
  • Céphalée brutale et intense (en coup de tonnerre)
  • Troubles de la parole, de la déglutition ou de la vision
  • Diplopie (vision double)
  • Faiblesse ou engourdissement d'un membre ou d'un côté du visage
  • Impossibilité de marcher ou d'atteindre un objet
  • Perte de connaissance
  • Vertiges survenant après un traumatisme crânien ou cervical
  • Apparition brutale chez un patient avec facteurs de risque cardiovasculaire

Ces signes peuvent évoquer un AVC du tronc cérébral, une dissection de l'artère vertébrale ou une autre pathologie neurologique grave. Ils ne relèvent pas de l'ostéopathie et nécessitent une imagerie en urgence.

Bilan et techniques ostéopathiques

Bilan initial — 1re consultation

La première consultation comprend un interrogatoire structuré (type de vertige, facteurs déclenchants, antécédents ORL et neurologiques, traitements en cours) et un examen clinique complet :

  • Test de Dix-Hallpike bilatéral pour le VPPB
  • Test de Romberg (yeux ouverts et fermés)
  • Marche aveugle (test de Fukuda) — à visée d'orientation clinique uniquement, sans valeur diagnostique suffisante isolément
  • Évaluation de la mobilité cervicale active et passive (6 mouvements)
  • Palpation des muscles sous-occipitaux et des articulations C0-C1-C2
  • Évaluation posturale globale
Test de Romberg en cabinet d'ostéopathie, évaluation de l'équilibre statique, Cannes et Fréjus

Techniques selon l'indication

Pour le VPPB : manoeuvre de repositionnement canalithique d'Epley (canal postérieur) ou de Gufoni (canal horizontal). 1 à 2 séances suffisent dans la majorité des cas.

Pour les vertiges cervicogéniques : la prise en charge peut inclure des mobilisations articulaires douces, des techniques myofasciales cervicales, des exercices de mobilité cervicale et une rééducation proprioceptive. Les manipulations cervicales à haute vélocité ne sont généralement pas indiquées en phase aiguë et nécessitent une évaluation rigoureuse des contre-indications. 3 à 6 séances espacées de 2 à 3 semaines.

Contre-indications absolues

  • Suspicion de vertiges centraux (AVC, tumeur)
  • Dissection artérielle vertébrale connue ou suspectée
  • Instabilité ligamentaire atloïdo-axoïdienne (polyarthrite rhumatoïde, trisomie 21)
  • Fracture cervicale récente

Programme de rééducation vestibulaire à domicile

La rééducation vestibulaire repose sur le principe de plasticité cérébrale : en exposant progressivement le système nerveux aux situations provocatrices, on favorise la compensation centrale. Ces exercices sont complémentaires aux séances, non substitutifs.

Exercice 1 — Stabilisation du regard (Gaze Stabilization)

Durée2 min
Fréquence3 x / jour
PhaseDès J1
Exercice de stabilisation du regard pour rééducation vestibulaire, vertige VPPB

Exécution

Assis, fixez une croix dessinée sur une feuille à 50 cm, hauteur des yeux. Tournez lentement la tête à droite et à gauche en maintenant le regard fixe sur la croix. Commencez lentement (1 cycle / 2 secondes), augmentez progressivement.

Progression

Semaine 1 : mouvements horizontaux lents, assis. Semaine 2 : ajoutez les mouvements verticaux. Semaine 3 : augmentez la vitesse et passez debout. Semaine 4 : debout sur surface instable (coussin).

Justification

Stimule le réflexe vestibulo-oculaire (RVO) et favorise la compensation centrale des asymétries vestibulaires périphériques.

Exercice 2 — Équilibre statique progressif

Durée30 s par position
Séries3 séries
Fréquence2 x / jour
Exercice d'équilibre statique unipodal pour rééducation vestibulaire, vertiges cervicogéniques

Progression par niveaux

N1 : pieds joints, yeux ouverts. N2 : pieds joints, yeux fermés. N3 : pied dominant, yeux ouverts. N4 : pied dominant, yeux fermés. N5 : sur coussin ou mousse, yeux fermés.

Sécurité

S'exercer près d'un mur ou d'une chaise. Ne pas progresser au niveau suivant si instabilité marquée. Arrêter si EVA vertige supérieur à 4/10.

Justification

La fermeture des yeux supprime la compensation visuelle et force le système vestibulaire et proprioceptif cervical à travailler, accélérant la compensation centrale.

Exercice 3 — Relâchement sous-occipital

Durée5 min
Fréquence1 x / jour
Matériel2 balles de tennis dans une chaussette
Exercice relâchement sous-occipital avec balles de tennis, vertiges cervicogéniques

Exécution

Allongez-vous sur le dos. Placez deux balles de tennis dans une chaussette, positionnées sous la base du crâne (sous les bosses occipitales). Laissez le poids de la tête créer une pression douce pendant 5 minutes. Respirez lentement. Ne forcez jamais.

Justification

Les muscles sous-occipitaux sont parmi les plus riches en fuseaux neuromusculaires du corps humain. Leur relâchement pourrait contribuer à améliorer les informations proprioceptives cervicales chez certains patients présentant des vertiges d'origine cervicale.

Exercice 4 — Mobilisation cervicale active douce

Répétitions10 de chaque côté
Fréquence2 x / jour
PhaseÀ partir de J3 si toléré
Exercice mobilisation cervicale active douce, rotation de la tête, vertiges cervicogéniques

Exécution

Assis, dos droit. Rotation lente à droite jusqu'au maximum confortable, retour au centre, puis à gauche. Inclinaison latérale droite, retour, puis gauche. Mouvements lents (3 secondes par direction), jamais douloureux.

À éviter

L'hyperextension cervicale en cas d'arthrose sévère ou d'antécédents vasculaires. En cas de doute, consultez votre ostéopathe avant de commencer.

Prévention et hygiène posturale

Après une manoeuvre d'Epley

Les recommandations récentes indiquent que les restrictions de position après la manoeuvre (sommeil semi-assis, évitement systématique de certaines positions) ne semblent pas améliorer significativement les résultats. Il est néanmoins conseillé de :

  • Reprendre progressivement les activités habituelles
  • Se lever lentement les premiers jours
  • Reconsulter rapidement en cas de réapparition des symptômes

Prévention des vertiges cervicogéniques

  • Écran à hauteur des yeux — éviter la position tête en avant
  • Pause toutes les 45 minutes si travail sédentaire
  • Oreiller cervical adapté au dormeur latéral
  • Gestion du stress (le stress chronique entretient l'hypertonicité musculaire cervicale)

Conduite automobile

La conduite est déconseillée en phase aiguë de vertiges. Reprise possible après disparition complète des symptômes et accord de votre médecin traitant.

Sources et niveaux de preuve

  • Bhattacharyya N et al. Clinical Practice Guideline: Benign Paroxysmal Positional Vertigo (Update). Otolaryngology Head Neck Surg. 2017.
  • Hilton MP, Pinder DK. The Epley (canalith repositioning) manoeuvre for benign paroxysmal positional vertigo. Cochrane Database Syst Rev. 2014.
  • Comparative efficacy and safety of repositioning maneuvers for posterior canal BPPV: a network meta-analysis. Frontiers in Neurology. 2025. 20 RCTs, 2 089 patients. SUCRA Epley : 97,84 %.
  • Development and external validation of a LASSO-based nomogram for predicting BPPV recurrence. Frontiers in Neurology. 2026. N = 780. Taux de récidive à 1 an : 23,97 %.
  • Lystad RP et al. Manual therapy with and without vestibular rehabilitation for cervicogenic dizziness: a systematic review. Chiropractic & Manual Therapies. 2011.
  • Effectiveness of manual therapy in dizziness intensity and cervical ROM in patients with cervicogenic dizziness: a systematic review. Journal of Bodywork and Movement Therapies. 2025.

Vous souffrez de vertiges récurrents ?

Un bilan ostéopathique permet d'identifier l'origine des vertiges — VPPB, cervicogénique ou fonctionnel — et de mettre en place un protocole adapté après exclusion des causes médicales.

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Questions fréquentes

Certaines formes de vertiges peuvent bénéficier d'une prise en charge ostéopathique, notamment le VPPB lorsque le diagnostic est confirmé, et certains tableaux compatibles avec des vertiges cervicogéniques après exclusion d'une cause médicale. Les vertiges accompagnés de signes neurologiques nécessitent une consultation médicale urgente.
La manœuvre d'Epley est une technique de repositionnement canalithique utilisée pour traiter le VPPB du canal postérieur. Elle consiste à guider la tête du patient à travers une série de positions pour déplacer les cristaux d'otolithes hors du canal semi-circulaire. Son efficacité est soutenue par de nombreux essais contrôlés randomisés. Une à deux séances suffisent dans la majorité des cas.
Pour un VPPB : 1 à 2 séances suffisent dans la majorité des cas. Pour des vertiges cervicogéniques chroniques : 3 à 6 séances espacées de 2 à 3 semaines, associées à un programme d'exercices à domicile.
Oui. Le VPPB récidive dans 15 à 30 % des cas à 1 an selon la littérature récente. Les facteurs de risque de récidive incluent l'hypertension, l'hyperglycémie et un faible taux de vitamine D. En cas de récidive, la manœuvre peut être répétée avec le même taux de succès.
La conduite est déconseillée en phase aiguë de vertiges. Reprise possible après disparition complète des symptômes et accord de votre médecin traitant.
Consultez les urgences immédiatement si les vertiges s'accompagnent de : céphalée brutale et intense, troubles de la parole ou de la vision, faiblesse d'un membre, impossibilité de marcher, perte de connaissance, ou si les vertiges surviennent après un traumatisme crânien.