Vertiges et ostéopathie : causes, types et prise en charge
VPPB, vertiges cervicogéniques, sensations de déséquilibre : quand consulter un ostéopathe, quand aller aux urgences, et quels exercices pratiquer à domicile. Protocole fondé sur les données probantes 2025-2026.
Réponse directe
Les vertiges peuvent avoir de nombreuses causes. Certaines situations peuvent bénéficier d'une prise en charge ostéopathique, notamment le vertige positionnel paroxystique bénin (VPPB), lorsque le diagnostic est confirmé et qu'une manoeuvre de repositionnement adaptée est réalisée. Certains patients présentant des douleurs cervicales associées à une sensation d'instabilité peuvent également tirer bénéfice d'une prise en charge manuelle après exclusion d'une cause ORL, neurologique ou cardiovasculaire. En revanche, les vertiges accompagnés de troubles neurologiques, d'une perte de connaissance ou d'une apparition brutale nécessitent une évaluation médicale urgente.
Quand consulter un ostéopathe pour des vertiges ?
Une consultation peut être envisagée si :
- Les vertiges sont déclenchés par des mouvements de tête ou des changements de position
- Un diagnostic de VPPB a été évoqué ou confirmé
- Des douleurs cervicales, une raideur ou des céphalées accompagnent les symptômes
- Une cause neurologique ou ORL grave a été écartée par un médecin
Consultez un médecin en priorité si :
- Apparition brutale des vertiges
- Signes neurologiques associés
- Perte de connaissance
- Céphalée inhabituelle ou très intense
- Symptômes récents ou atypiques sans diagnostic établi
Types de vertiges et diagnostic différentiel
Le vertige est une sensation illusoire de mouvement de soi ou de l'environnement. Il est à distinguer des étourdissements (sensation de tête légère, lipothymie) et de l'instabilité posturale, qui relèvent de mécanismes différents.
| Type | Caractéristiques | Durée | Prise en charge |
|---|---|---|---|
| VPPB | Rotatoire, déclenché par changement de position, nausées | < 60 secondes | Manoeuvre d'Epley — ostéopathe ou ORL |
| Cervicogénique | Non rotatoire, lié aux mouvements du cou, cervicalgie associée | Minutes à heures | Thérapie manuelle après exclusion médicale |
| Névrite vestibulaire | Vertige intense et brutal, sans perte auditive | Jours à semaines | Médecin — corticoïdes + rééducation |
| Maladie de Ménière | Triade : vertiges + acouphènes + hypoacousie | 20 min à 12 h | ORL spécialisé |
| Central (AVC, tumeur) | Persistant, signes neurologiques associés | Permanent ou récurrent | Urgences — ne relève pas de l'ostéopathie |
VPPB : mécanisme, diagnostic et traitement
Le VPPB est la cause la plus fréquente de vertiges en consultation ambulatoire, représentant environ 34 % de l'ensemble des syndromes vertigineux. Il touche préférentiellement les personnes de plus de 50 ans et les femmes (ratio 2:1).
Mécanisme physiopathologique
Des cristaux de carbonate de calcium (otolithes), normalement fixés dans la macule utriculaire, se détachent et migrent dans les canaux semi-circulaires — dans 85 à 90 % des cas le canal postérieur. Ces débris créent un flux endolymphatique parasite lors des changements de position de la tête, activant faussement le détecteur de rotation.
Diagnostic : test de Dix-Hallpike
Le patient est amené en décubitus dorsal, tête tournée à 45° du côté testé. L'apparition d'un nystagmus géotropique torsionnel après une latence de 5 à 10 secondes, d'une durée inférieure à 60 secondes et s'épuisant à la répétition, confirme le VPPB du canal postérieur. La sensibilité clinique est de 79 % et la spécificité de 75 % selon la revue Cochrane (Hilton & Pinder, 2014).
Traitement : la manoeuvre d'Epley
La manoeuvre de repositionnement canalithique d'Epley est le traitement de référence du VPPB du canal postérieur. Une méta-analyse en réseau publiée en 2025 incluant 20 RCTs et 2 089 patients lui attribue le meilleur rang d'efficacité globale (SUCRA 97,84 %), supérieure aux manoeuvres de Semont (RR = 1,04) et de Brandt-Daroff (RR = 1,35). En pratique : 1 à 2 séances permettent la résolution complète des symptômes dans la majorité des cas.
Taux de récidive
Le VPPB récidive dans 15 à 30 % des cas à 1 an selon la littérature récente (taux moyen de 24 % à 1 an sur 780 patients, Frontiers in Neurology 2026). Les facteurs de risque identifiés incluent l'hypertension, l'hyperglycémie, les antécédents de migraine et un taux bas de vitamine D. Un suivi est recommandé pour les patients à risque élevé.
Vertiges cervicogéniques : ce que dit réellement la littérature
Le concept de vertige cervicogénique demeure débattu dans la littérature scientifique. Il n'existe actuellement aucun test diagnostique de référence permettant de confirmer ce diagnostic avec certitude.
Mécanisme hypothétique
Les vertiges cervicogéniques seraient liés à une perturbation des afférences proprioceptives issues des muscles et articulations cervicaux, en particulier des muscles sous-occipitaux. Le cerveau recevrait des informations contradictoires entre les signaux vestibulaires, visuels et proprioceptifs cervicaux. Ce mécanisme reste une hypothèse physiologique sans démonstration directe chez l'humain.
Causes associées
- Traumatisme cervical (whiplash) : lésion des récepteurs proprioceptifs cervicaux
- Arthrose cervicale : perturbation des signaux articulaires C0-C1-C2
- Contractures musculaires chroniques : tension des muscles sous-occipitaux
- Posture prolongée en flexion : travail sur écran, téléphone
- Stress chronique : hypertonicité musculaire généralisée
Niveau de preuve de la thérapie manuelle
Une revue systématique de 2025 (Journal of Bodywork and Movement Therapies, 8 études incluses) conclut que la thérapie manuelle pourrait être efficace pour réduire l'intensité des vertiges cervicogéniques et améliorer la mobilité cervicale, avec des résultats positifs dans la quasi-totalité des études incluses. Les auteurs soulignent cependant l'hétérogénéité des méthodes et la nécessité de recherches complémentaires.
Signaux d'alarme : urgences neurologiques
- Céphalée brutale et intense (en coup de tonnerre)
- Troubles de la parole, de la déglutition ou de la vision
- Diplopie (vision double)
- Faiblesse ou engourdissement d'un membre ou d'un côté du visage
- Impossibilité de marcher ou d'atteindre un objet
- Perte de connaissance
- Vertiges survenant après un traumatisme crânien ou cervical
- Apparition brutale chez un patient avec facteurs de risque cardiovasculaire
Ces signes peuvent évoquer un AVC du tronc cérébral, une dissection de l'artère vertébrale ou une autre pathologie neurologique grave. Ils ne relèvent pas de l'ostéopathie et nécessitent une imagerie en urgence.
Bilan et techniques ostéopathiques
Bilan initial — 1re consultation
La première consultation comprend un interrogatoire structuré (type de vertige, facteurs déclenchants, antécédents ORL et neurologiques, traitements en cours) et un examen clinique complet :
- Test de Dix-Hallpike bilatéral pour le VPPB
- Test de Romberg (yeux ouverts et fermés)
- Marche aveugle (test de Fukuda) — à visée d'orientation clinique uniquement, sans valeur diagnostique suffisante isolément
- Évaluation de la mobilité cervicale active et passive (6 mouvements)
- Palpation des muscles sous-occipitaux et des articulations C0-C1-C2
- Évaluation posturale globale
Techniques selon l'indication
Pour le VPPB : manoeuvre de repositionnement canalithique d'Epley (canal postérieur) ou de Gufoni (canal horizontal). 1 à 2 séances suffisent dans la majorité des cas.
Pour les vertiges cervicogéniques : la prise en charge peut inclure des mobilisations articulaires douces, des techniques myofasciales cervicales, des exercices de mobilité cervicale et une rééducation proprioceptive. Les manipulations cervicales à haute vélocité ne sont généralement pas indiquées en phase aiguë et nécessitent une évaluation rigoureuse des contre-indications. 3 à 6 séances espacées de 2 à 3 semaines.
Contre-indications absolues
- Suspicion de vertiges centraux (AVC, tumeur)
- Dissection artérielle vertébrale connue ou suspectée
- Instabilité ligamentaire atloïdo-axoïdienne (polyarthrite rhumatoïde, trisomie 21)
- Fracture cervicale récente
Programme de rééducation vestibulaire à domicile
La rééducation vestibulaire repose sur le principe de plasticité cérébrale : en exposant progressivement le système nerveux aux situations provocatrices, on favorise la compensation centrale. Ces exercices sont complémentaires aux séances, non substitutifs.
Exercice 1 — Stabilisation du regard (Gaze Stabilization)
Exécution
Assis, fixez une croix dessinée sur une feuille à 50 cm, hauteur des yeux. Tournez lentement la tête à droite et à gauche en maintenant le regard fixe sur la croix. Commencez lentement (1 cycle / 2 secondes), augmentez progressivement.
Progression
Semaine 1 : mouvements horizontaux lents, assis. Semaine 2 : ajoutez les mouvements verticaux. Semaine 3 : augmentez la vitesse et passez debout. Semaine 4 : debout sur surface instable (coussin).
Justification
Stimule le réflexe vestibulo-oculaire (RVO) et favorise la compensation centrale des asymétries vestibulaires périphériques.
Exercice 2 — Équilibre statique progressif
Progression par niveaux
N1 : pieds joints, yeux ouverts. N2 : pieds joints, yeux fermés. N3 : pied dominant, yeux ouverts. N4 : pied dominant, yeux fermés. N5 : sur coussin ou mousse, yeux fermés.
Sécurité
S'exercer près d'un mur ou d'une chaise. Ne pas progresser au niveau suivant si instabilité marquée. Arrêter si EVA vertige supérieur à 4/10.
Justification
La fermeture des yeux supprime la compensation visuelle et force le système vestibulaire et proprioceptif cervical à travailler, accélérant la compensation centrale.
Exercice 3 — Relâchement sous-occipital
Exécution
Allongez-vous sur le dos. Placez deux balles de tennis dans une chaussette, positionnées sous la base du crâne (sous les bosses occipitales). Laissez le poids de la tête créer une pression douce pendant 5 minutes. Respirez lentement. Ne forcez jamais.
Justification
Les muscles sous-occipitaux sont parmi les plus riches en fuseaux neuromusculaires du corps humain. Leur relâchement pourrait contribuer à améliorer les informations proprioceptives cervicales chez certains patients présentant des vertiges d'origine cervicale.
Exercice 4 — Mobilisation cervicale active douce
Exécution
Assis, dos droit. Rotation lente à droite jusqu'au maximum confortable, retour au centre, puis à gauche. Inclinaison latérale droite, retour, puis gauche. Mouvements lents (3 secondes par direction), jamais douloureux.
À éviter
L'hyperextension cervicale en cas d'arthrose sévère ou d'antécédents vasculaires. En cas de doute, consultez votre ostéopathe avant de commencer.
Prévention et hygiène posturale
Après une manoeuvre d'Epley
Les recommandations récentes indiquent que les restrictions de position après la manoeuvre (sommeil semi-assis, évitement systématique de certaines positions) ne semblent pas améliorer significativement les résultats. Il est néanmoins conseillé de :
- Reprendre progressivement les activités habituelles
- Se lever lentement les premiers jours
- Reconsulter rapidement en cas de réapparition des symptômes
Prévention des vertiges cervicogéniques
- Écran à hauteur des yeux — éviter la position tête en avant
- Pause toutes les 45 minutes si travail sédentaire
- Oreiller cervical adapté au dormeur latéral
- Gestion du stress (le stress chronique entretient l'hypertonicité musculaire cervicale)
Conduite automobile
La conduite est déconseillée en phase aiguë de vertiges. Reprise possible après disparition complète des symptômes et accord de votre médecin traitant.
Sources et niveaux de preuve
- Bhattacharyya N et al. Clinical Practice Guideline: Benign Paroxysmal Positional Vertigo (Update). Otolaryngology Head Neck Surg. 2017.
- Hilton MP, Pinder DK. The Epley (canalith repositioning) manoeuvre for benign paroxysmal positional vertigo. Cochrane Database Syst Rev. 2014.
- Comparative efficacy and safety of repositioning maneuvers for posterior canal BPPV: a network meta-analysis. Frontiers in Neurology. 2025. 20 RCTs, 2 089 patients. SUCRA Epley : 97,84 %.
- Development and external validation of a LASSO-based nomogram for predicting BPPV recurrence. Frontiers in Neurology. 2026. N = 780. Taux de récidive à 1 an : 23,97 %.
- Lystad RP et al. Manual therapy with and without vestibular rehabilitation for cervicogenic dizziness: a systematic review. Chiropractic & Manual Therapies. 2011.
- Effectiveness of manual therapy in dizziness intensity and cervical ROM in patients with cervicogenic dizziness: a systematic review. Journal of Bodywork and Movement Therapies. 2025.
Vous souffrez de vertiges récurrents ?
Un bilan ostéopathique permet d'identifier l'origine des vertiges — VPPB, cervicogénique ou fonctionnel — et de mettre en place un protocole adapté après exclusion des causes médicales.
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Questions fréquentes
- Certaines formes de vertiges peuvent bénéficier d'une prise en charge ostéopathique, notamment le VPPB lorsque le diagnostic est confirmé, et certains tableaux compatibles avec des vertiges cervicogéniques après exclusion d'une cause médicale. Les vertiges accompagnés de signes neurologiques nécessitent une consultation médicale urgente.
- La manœuvre d'Epley est une technique de repositionnement canalithique utilisée pour traiter le VPPB du canal postérieur. Elle consiste à guider la tête du patient à travers une série de positions pour déplacer les cristaux d'otolithes hors du canal semi-circulaire. Son efficacité est soutenue par de nombreux essais contrôlés randomisés. Une à deux séances suffisent dans la majorité des cas.
- Pour un VPPB : 1 à 2 séances suffisent dans la majorité des cas. Pour des vertiges cervicogéniques chroniques : 3 à 6 séances espacées de 2 à 3 semaines, associées à un programme d'exercices à domicile.
- Oui. Le VPPB récidive dans 15 à 30 % des cas à 1 an selon la littérature récente. Les facteurs de risque de récidive incluent l'hypertension, l'hyperglycémie et un faible taux de vitamine D. En cas de récidive, la manœuvre peut être répétée avec le même taux de succès.
- La conduite est déconseillée en phase aiguë de vertiges. Reprise possible après disparition complète des symptômes et accord de votre médecin traitant.
- Consultez les urgences immédiatement si les vertiges s'accompagnent de : céphalée brutale et intense, troubles de la parole ou de la vision, faiblesse d'un membre, impossibilité de marcher, perte de connaissance, ou si les vertiges surviennent après un traumatisme crânien.